Étang de Thau : le jour où la lagune a recommencé à respirer
Une étude de l’Ifremer de Sète démontre une évolution positive de l’eau de la lagune sur 50 ans. Depuis les années 1970, la population a doublé sur la région de Sète. On a constaté une augmentation des rejets de nitrate et de phosphate dans l’eau. Une pollution qui a nourri le phytoplancton, qui s’est multiplié, provoquant une disparition des herbiers au fond de l’étang. Un bouleversement qui a amené la multiplication des épisodes de « malaïgues », une sorte d’asphyxie de l’étang.
C'est le plus grand plan d'eau de la région Occitanie et un lieu propice à la conchyliculture depuis l'Antiquité. À Marseillan, dans l'Hérault, l'étang de Thau représente 7 000 hectares séparés du golfe du Lion par un cordon de sable. Un écrin terni par des problèmes de pollution pendant des décennies. Les coquillages étaient régulièrement asphyxiés par le pourrissement des algues.
🌊 Une mer intérieure au caractère bien trempé
Lorsque l’on découvre l’étang de Thau depuis les petites routes qui relient Sète, Bouzigues, Mèze ou Marseillan, le paysage donne presque l’impression d’avoir changé de pays. D’un côté, la Méditerranée ; de l’autre, cette immense lagune bleue protégée par le cordon littoral. Ici, les barques, les tables ostréicoles et les cabanes de producteurs composent un décor typiquement languedocien.
Avec environ 7 500 hectares, Thau est la plus grande lagune d’Occitanie. Sa faible profondeur et ses échanges avec la mer en font un milieu particulièrement riche, mais aussi particulièrement fragile. C’est précisément cette richesse qui a permis le développement spectaculaire de la conchyliculture, aujourd’hui indissociable de l’identité du bassin.
🦪 Le royaume des huîtres et des moules
À Bouzigues, le voyage prend forcément une tournure gastronomique. Les huîtres de l’étang de Thau sont élevées directement dans la lagune, suspendues à des tables installées sur l’eau. Une méthode et un paysage qui ont façonné tout un savoir-faire local. On vient ici pour déguster les coquillages, mais aussi pour observer ces alignements de tables qui semblent flotter jusqu’à l’horizon.
Cette activité représente bien davantage qu’une simple tradition culinaire. Des centaines de professionnels vivent de la conchyliculture autour de la lagune. La qualité de l’eau est donc directement liée à leur avenir. Et pendant longtemps, cet équilibre a été sérieusement menacé.
🌱 De l’étang malade à la renaissance écologique
À partir des années 1970, l’urbanisation croissante du bassin a entraîné une augmentation des apports en nutriments. L’azote et le phosphore ont favorisé la prolifération du phytoplancton et des algues. Lorsque celles-ci se décomposaient, leur dégradation consommait une grande partie de l’oxygène disponible dans l’eau. C’est ce phénomène qui peut provoquer les fameuses « malaïgues », terme occitan qui signifie littéralement « mauvaises eaux ».
Mais l’histoire de Thau ne s’arrête pas là. Depuis plusieurs décennies, les collectivités ont amélioré la collecte et le traitement des eaux usées et réduit les apports de nutriments dans la lagune. Selon les travaux de l’Ifremer, ces efforts ont permis une amélioration sensible de l’état écologique de l’étang et une forte diminution du risque de malaïgue.
☀️ Une renaissance, mais pas un long fleuve tranquille
La lagune reste cependant extrêmement sensible aux variations de température et aux épisodes météorologiques extrêmes. Les scientifiques continuent donc de surveiller attentivement la qualité de l’eau, les herbiers, le phytoplancton et l’état des coquillages. Car dans un écosystème aussi fermé, un événement exceptionnel peut rapidement bouleverser l’équilibre retrouvé.
Pour le voyageur, cette histoire donne une autre dimension à une simple dégustation d’huîtres au bord de l’eau. Derrière chaque assiette se trouve un territoire qui a dû apprendre à réparer ses erreurs. Thau est à la fois un paysage, une culture et une économie locale entièrement dépendants d’un même élément : cette eau calme qui sépare la terre de la Méditerranée.
Alors, la prochaine fois que vous longerez l’étang de Thau, prenez le temps de vous arrêter. Regardez les tables ostréicoles, les barques et les villages qui bordent la lagune. Et dégustez une huître face à l’eau. Vous ne goûterez pas seulement un produit du terroir : vous découvrirez un petit morceau de cette étonnante Méditerranée intérieure.




















