
Port Camargue : le pari fou qui a fait naître le plus grand port de plaisance d’Europe
Imaginez le littoral du Gard avant les grandes stations balnéaires : des dunes, des marais, des moustiques et une immense baie ouverte sur la Méditerranée. Puis imaginez qu’on décide d’y construire l’un des plus grands ports de plaisance du monde. C’est exactement ce qui va se passer au Grau-du-Roi dans la seconde moitié du XXe siècle.
À partir de 1963, l’État lance la grande transformation du littoral languedocien avec la Mission Racine. L’objectif est de développer le tourisme méditerranéen en créant de nouvelles stations et de nouveaux équipements portuaires. La Grande-Motte, Le Cap d’Agde ou encore Port-Leucate vont ainsi sortir progressivement de terre.
🌊 Au départ, il n’y avait presque rien
Le futur Port Camargue se trouve alors sur un territoire largement constitué de dunes et de marécages. Avant de construire les quais et les immeubles, il faut donc littéralement transformer le paysage.
En 1967, une importante opération de démoustication est menée. L’année suivante, une digue est construite à l’est de la baie afin de limiter l’ensablement du golfe d’Aigues-Mortes par les sédiments apportés par le Rhône.
Puis vient le grand chantier. En 1969, les bassins sont creusés, les quais et les pontons commencent à prendre forme et les premières marinas sortent de terre. Port Camargue n’est pas simplement un port que l’on agrandit : il est entièrement pensé comme une nouvelle ville maritime.
🏗️ Jean Balladur imagine une ville sur l’eau
Pour donner une cohérence à cette gigantesque opération, l’architecte et urbaniste Jean Balladur est chargé de coordonner les travaux. Le même homme qui imagine l’architecture spectaculaire de La Grande-Motte va donner à Port Camargue son visage si particulier.
Ici, les bateaux ne sont pas simplement rangés derrière quelques quais. Le projet prévoit de véritables marinas, avec des logements directement reliés aux bassins. Certaines habitations possèdent même leur propre emplacement pour bateau.
Le résultat est étonnant pour l’époque : une architecture blanche, des immeubles tournés vers les bassins, de longues digues et des milliers de places pour les plaisanciers. Une sorte de ville nouvelle méditerranéenne entièrement organisée autour du bateau.
⛵ Un port XXL devenu numéro 1 en Europe
Le projet prend rapidement une dimension spectaculaire. Les travaux se poursuivent par tranches et la construction de la deuxième partie des marinas s’achève en 1980. Le développement de Port Camargue se poursuit encore jusqu’en 1985.
Aujourd’hui, le port compte près de 5 000 places à l’année, réparties entre les bassins publics et les marinas. Port Camargue est présenté par le port et par Gard Tourisme comme le premier port de plaisance d’Europe et le deuxième au monde.
Le contraste est saisissant : en quelques décennies, un espace de dunes et de marais est devenu une immense cité nautique où se côtoient voiliers, bateaux à moteur, appartements, commerces et promenades.
☀️ Une autre façon de découvrir la Camargue
Port Camargue est aujourd’hui indissociable du Grau-du-Roi, mais son architecture raconte une époque bien particulière : celle où l’on rêvait de transformer le littoral languedocien pour accueillir une nouvelle génération de vacanciers et de plaisanciers.
Et malgré son gigantisme, le port offre une découverte étonnante. Depuis les quais, on peut observer les marinas, les bateaux et les grandes étendues de la baie d’Aigues-Mortes. Une navette permet même aujourd’hui de parcourir le port et de découvrir les marinas des années 1970 depuis l’eau.
Alors, lorsque vous arrivez au Grau-du-Roi et découvrez cette forêt de mâts qui semble s’étendre à perte de vue, souvenez-vous de ce qu’il y avait ici il y a seulement quelques décennies : des dunes, des marais et une grande baie sauvage. Port Camargue est l’un des témoignages les plus spectaculaires de la transformation du littoral du Sud au XXe siècle.