À Nîmes, une nécropole gauloise vieille de 2 500 ans dormait sous un chantier
Il suffit parfois de creuser quelques mètres pour changer complètement l’histoire d’une ville. À Nîmes, les archéologues de l’Inrap ont découvert, rue Henri Revoil, les vestiges d’une petite nécropole datant de plus de 2 400 ans. Elle était là bien avant les arènes, la Maison Carrée et même avant que Nîmes ne devienne la grande cité romaine que l’on connaît aujourd’hui.
La fouille, réalisée en 2020 avant la construction d’un immeuble, a permis d’explorer environ 1 200 m². Et la découverte est particulièrement intéressante : elle renseigne sur les pratiques funéraires d’une communauté installée autour de la future Nîmes, à une époque où l’agglomération nîmoise commençait tout juste à prendre forme.
⚱️ Des morts incinérés au temps des premiers Nîmois
Nous sommes entre environ 510 et 400 avant notre ère, à la fin du premier âge du Fer et au début du second âge du Fer. Nîmes n’est pas encore la cité romaine que l’on imagine : son premier noyau d’habitat se développe autour de la source de la Fontaine, sur les pentes du Mont Cavalier.
À quelques centaines de mètres de cette agglomération protohistorique, les habitants disposent déjà d’un espace réservé à leurs morts. Les archéologues ont identifié une petite nécropole à incinération, avec quatre sépultures et plusieurs aménagements qui structurent soigneusement l’espace.
Après la crémation, les ossements du défunt étaient recueillis et déposés dans un récipient, notamment dans des vases ossuaires en céramique grise monochrome. Certains objets accompagnaient également les morts : une tombe a ainsi livré un couteau en fer et une fibule en bronze.
🌿 Une véritable architecture pour les morts
La découverte devient encore plus étonnante lorsqu’on observe l’organisation du site. Les tombes ne sont pas dispersées au hasard dans le paysage. Elles sont installées au sein de sept enclos quadrangulaires, mesurant entre 30 et 69 m².
Tous ces enclos suivent la même orientation nord-sud et semblent s’organiser autour d’un axe directeur. Les archéologues pensent que cet agencement était probablement lié à un chemin longeant la nécropole.
Encore plus surprenant : les limites de certains enclos étaient constituées de terre massive, parfois renforcée par des poteaux de bois. Des ouvertures permettaient d’entrer dans ces espaces où se trouvait la sépulture.
Autrement dit, il ne s’agissait pas simplement de quelques tombes creusées dans le sol. Les morts disposaient d’un véritable espace architectural, soigneusement organisé et probablement visible depuis le chemin voisin.
🌿 Nîmes avant les Romains
Cette petite nécropole est particulièrement précieuse pour comprendre les origines de Nîmes. L’Inrap rappelle que l’agglomération nîmoise apparaît précisément à la fin du VIe siècle avant notre ère, autour de la source de la Fontaine.
À cette époque, le territoire est déjà parcouru par des chemins, occupé par des habitats et organisé autour de différents espaces agricoles et funéraires. Les tombes découvertes rue Henri Revoil témoignent donc d’une société qui possède déjà ses propres règles d’organisation de l’espace et ses rituels.
Quelques siècles plus tard, les Romains transformeront profondément la ville. Mais sous les monuments emblématiques de la Nîmes antique se cache une histoire beaucoup plus ancienne : celle d’une communauté gauloise qui vivait ici bien avant l’arrivée de Rome.
🏺 Une découverte qui raconte une autre Nîmes
Ce genre de découverte rappelle que l’histoire d’une ville ne commence jamais vraiment avec ses monuments les plus célèbres. Sous les rues, les immeubles et les parkings de Nîmes se superposent des siècles d’occupation humaine.
La nécropole de la rue Henri Revoil offre ainsi une rare fenêtre sur les premiers habitants de Nîmes et sur leur rapport à la mort. Les vases, les objets, les enclos et l’organisation du site permettent aux archéologues de reconstituer peu à peu un paysage disparu.
Alors, la prochaine fois que vous vous promènerez dans Nîmes, pensez-y : bien avant les gladiateurs, les temples romains et les grandes avenues, il y avait déjà ici des chemins, des maisons, des champs… et une petite communauté qui venait déposer ses morts au bord d’un chemin. Une Nîmes gauloise que les fouilles archéologiques font peu à peu réapparaître.








































