Souviens-toi du 4 mars 1976 !
Montredon 1976 : le jour où la colère des vignerons a tourné au drame
À la fin de l’hiver 1976, le vignoble languedocien traverse une crise profonde. Dans l’Aude, les viticulteurs voient leurs revenus s’effondrer dans un contexte de baisse de la consommation de vin de table et de concurrence accrue, notamment avec les importations venues des pays voisins. Les réponses du gouvernement sont jugées insuffisantes par une partie du monde viticole, tandis que le Comité d’action viticole durcit ses actions.
Depuis plusieurs mois, les manifestations se multiplient. Le ton monte dans les villages et les routes du Midi. Mais personne n’imagine encore que le 4 mars, à Montredon-des-Corbières, près de Narbonne, une mobilisation de viticulteurs va se transformer en l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire récente de la viticulture languedocienne.
🍇 Un vignoble au bord de l’explosion
En 1976, la crise ne concerne pas seulement le prix du vin. C’est tout un modèle économique qui semble vaciller. Dans les exploitations familiales, les difficultés s’accumulent et la concurrence des vins étrangers alimente une colère déjà ancienne.
Le Comité d’action viticole multiplie alors les opérations spectaculaires. En décembre 1975, des viticulteurs avaient notamment occupé le port de Sète afin de protester contre l’arrivée de vins italiens. Au début de 1976, les actions se poursuivent et la mobilisation gagne encore en intensité.
🚂 Le pont de Montredon devient le point de rupture
Le 4 mars, les manifestants choisissent le secteur de Montredon-des-Corbières pour bloquer les communications. Le pont est occupé et la circulation sur la route nationale ainsi que sur la voie ferrée est interrompue. L’objectif est de donner une nouvelle dimension à la mobilisation.
Dans l’après-midi, les forces de l’ordre arrivent pour tenter de dégager les axes bloqués. La situation devient extrêmement tendue. Des coups de fusil de chasse éclatent. Les CRS ripostent par des tirs. En quelques instants, la manifestation bascule dans la violence.
💥 Deux morts, une cicatrice dans le Midi
Le bilan est terrible : Émile Poytes, un viticulteur de 52 ans, et le commandant Joël Le Goff, un CRS de 42 ans, sont tués. Près de vingt-cinq autres personnes sont blessées. La nouvelle se répand rapidement dans tout le Languedoc.
Le drame provoque la stupeur jusque dans les rangs des manifestants. Les responsables viticoles appellent au calme et demandent une démobilisation provisoire. Le lendemain, une journée de deuil est organisée. Quelques semaines plus tard, les obsèques d’Émile Poytes rassemblent plus de 20 000 personnes dans son village d’Arquettes-en-Val, témoignage de l’émotion suscitée par le drame.
🕯️ Montredon, une mémoire toujours présente
Quatre décennies plus tard, le nom de Montredon reste profondément associé à la grande crise viticole du Languedoc. Le souvenir de cette journée revient régulièrement lors des commémorations et dans la mémoire collective du monde viticole régional.
Pour qui parcourt aujourd’hui les Corbières, il est difficile d’imaginer qu’un petit pont près de Narbonne ait pu devenir le théâtre d’un tel affrontement. Pourtant, ce lieu raconte une époque où la vigne représentait bien davantage qu’une activité agricole : elle faisait vivre des familles, structurait les villages et incarnait une véritable identité régionale. À Montredon, le 4 mars 1976, cette histoire du Midi s’est écrite dans le bruit des fusils. Et la mémoire, elle, n’a jamais vraiment cessé de résonner.







